Tenir. Partir. Planter.
Le changement climatique ne déplace pas seulement la vigne. Il oblige celles et ceux qui veulent faire du vin à réinventer leur métier. Certains s’installent dans de nouveaux territoires, d’autres réinventent leurs pratiques pour sauver leur domaine, d’autres encore choisissent de partir. De Latour de France à Quimperlé, en passant par le Saumurois, voici trois récits qui racontent comment une nouvelle génération de vigneron·nes redessine le vignoble français.
Photos @Enfantsdeseptembre
Épisode 3/3 Planter en Bretagne
« C’est un luxe de pouvoir tout recommencer »
🔓 Enquête / Volet 3/3 – 09 août 2026 – Julie Reux – ⏱ 10 minutes de lecture
1 : Tenir à Latour-de-France : » On sait qu’on sera peut-être les derniers vignerons ici. «
2: Partir à Berrie : » Partir a été un arrachement. Mais c’était ça ou ne plus faire de vin. »
3: Planter en Bretagne : » C’est un luxe de pouvoir tout recommencer. »
En ce mois de juillet 2026, à côté de Quimperlé, le nouveau chai breton de Laura Maire et Chloé Fluzin-Martin attend son pressoir. Mais les cuves en fibre de verre, récupérées auprès de vignerons de Loire réduisant la voilure dans leur propre domaine, ont trouvé leur place entre les murs de granit de la vieille longère à l’abandon. Et dès qu’elles auront fait un dernier voyage pour récupérer le vieux Vaslin qui les attend dans le muscadet, elles seront prêtes. A temps pour les premières vendanges de leur jeune domaine, « Les enfants de septembre ».
Laura et Chloé n’ont pas encore de vignes, pourtant. Elles prévoient d’en planter 5 ha… mais d’ici 2034, en commençant le plus rapidement possible, petit bout par petit bout. Pas le choix : en Bretagne, il n’y a pas de vignoble à reprendre, et il faut partir de zéro.
Planter de la vigne en Bretagne, est-ce bien raisonnable ?
🌞 Côté climat, les projections climatiques sont favorables, sur le papier en tout cas, au développement d’une viticulture économiquement viable en Bretagne. Dans les pires scénarios du GIEC, une « méditerranéisation » du climat armoricain est projetée d’ici la fin du siècle. La température moyenne de Rennes des vingt dernières années atteint déjà celle de Bordeaux dans les années 70.
🌧️ Côté pluviométrie, les projections sont plus floues, mais prévoient surtout une nouvelle répartition saisonnière, plutôt que moins de pluie. En gros : il devrait pleuvoir plus en hiver, et moins en été, avec des longues périodes de « ciel bleu ». A l’image du millésime 2025, par exemple. En fonction des terrains et expositions, le principal aléa climatique pour le vignoble breton pourrait bien être le stress hydrique estival. Au printemps, il faudra aussi compter avec le mildiou.
🌎 Côté terrain, les sols bretons sont constitués de granite ou de schistes, avec quelques rares veines de calcaire. C’est peu ou prou le même type de terrain que l’on trouve en Anjou noir, ou dans le vignoble nantais.
👉 Mais au-delà du climat et du sol, d’autres facteurs seront déterminants : les modèles économiques, la capacité à faire connaître les vins et les distribuer au bon endroit, au bon prix, à attirer des capitaux, à produire des vins correspondant aux attentes du marché visé, etc. En fait, la « recette » pour créer un vignoble entier n’existe pas : de mémoire d’homme, on n’a jamais vu ça.
A la faveur de ces projections climatiques, le vignoble breton – de Bretagne administrative pour être bien précis – se développe rapidement : il recouvre environ 250ha en cette veille de vendanges 2026, soit une soixantaine de domaines de quelques ares à 15h pour les deux plus grands. Dix ans plus tôt, il n’existait pas de domaine viticole professionnel, et pour cause : il était interdit de produire du vin à des fins commerciales dans cette région. En 2016, l’Europe a « levé les droits de plantation », feu vert aux projets viti professionnels en Bretagne, mais aussi en Normandie ou dans les Hauts-de-France.
👩🌾 En Bretagne, une centaine de personnes participent déjà à l’émergence d’un nouveau vignoble. Leurs profils sont très variés : quelques agriculteurs bretons en quête de diversification, des entrepreneurs locaux, des expats bretons qui reviennent au pays avec une envie de « retour à la terre », des pros du vin qui cherchaient une « page blanche » viticole… Les tout premiers ont déjà du vin à vendre – le vignoble breton a produit 150 000 bouteilles en 2025-, vite vendues. Un projet d’IGP est aussi dans les tuyaux, mais l’affaire devrait prendre plusieurs années.
🍷 D’ici là, les vins produits sont des « vins de France »… et pour goûter ces vins jamais bus, il faut aller en Bretagne, vu les petits volumes produits. Et garder l’esprit ouvert. Non que les vins bretons existants soient radicalement innovants… mais il peut être assez déroutant d’en goûter pour la première fois. A quoi s’attendre, à quoi le comparer ? Le vignoble armoricain n’a ni traditions ni règles qui feraient référence. Sauf une : les membres de l’AVB ont déjà décidé de s’interdire les pesticides de synthèse. Mais les vignerons restent libres de planter les cépages qu’ils veulent, et assument le côté « far west » de leur vignoble.
1 : Tenir à Latour-de-France : » On sait qu’on sera peut-être les derniers vignerons ici. «
2: Partir à Berrie : » Partir a été un arrachement. Mais c’était ça ou ne plus faire de vin. »
3: Planter en Bretagne : » C’est un luxe de pouvoir tout recommencer. »
« Planter de la vigne en Bretagne, est-ce bien raisonnable ? », en lecture libre au bas de cet article ↓
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