Tenir. Partir. Planter.
Le changement climatique ne déplace pas seulement la vigne. Il oblige celles et ceux qui veulent faire du vin à réinventer leur métier. Certains s’installent dans de nouveaux territoires, d’autres réinventent leurs pratiques pour sauver leur domaine, d’autres encore choisissent de partir. De Latour de France à Quimperlé, en passant par le Saumurois, voici trois récits qui racontent comment une nouvelle génération de vigneron·nes redessine le vignoble français.
Photos @Vinofutur
Épisode 1/3 Tenir à Latour-de-France
« On sait bien qu’on sera peut-être les derniers »
🔓 Enquête / Volet 1/3 – 02 août 2026 – Julie Reux – ⏱ 10 minutes de lecture
1 : Tenir à Latour-de-France : » On sait qu’on sera peut-être les derniers vignerons ici. «
2: Partir à Berrie : » Partir a été un arrachement. Mais c’était ça ou ne plus faire de vin. »
3: Planter en Bretagne : » C’est un luxe de pouvoir tout recommencer. »
« Et maintenant, une minute de silence, s’il vous plaît. Boire ce vin du passé, c’est beaucoup d’émotions. » A Latour-de-France, dans sa petite cave pleine de souvenirs du temps où il était coopérateur, Christian ferme les yeux pour le rituel. Le rancio hors d’âge qu’il fait goûter a été « démarré » par son grand-père à la naissance de son père, comme le veut la tradition. Le vin a près de cent ans, est sirupeux comme du caramel et encore plein de soleil. Au mur, vieilles affiches de la coop des vignerons de Tremoine, « depuis 1919, une valeur sûre », magazines aux couleurs délavées, bouteilles hors d’âge, et une moto racontent une vie bien remplie, dont la vigne était le centre.
A côté de lui, Carmen Etcheverri et Martin Ballot sourient. Ces trentenaires ont déjà eu droit au show de Christian, pas avare pour partager ses anecdotes de la grande époque du vignoble de Latour-de-France.
« L’eau, dernière frontière du vignoble », en lecture libre au bas de cet article ↓
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Contexte
L’eau, nouvelle frontière du vignoble
« L’accès à l’eau est la condition sine qua non de la survie agricole des PO », affirme Raymon Manchon, vigneron naturel du territoire de Latour-de-France, et ex-coopérateur. Le constat semble partagé par tous… mais pas les solutions. L’irrigation est un sujet « clivant » parmi les vignerons de Latour-de-France.
Aujourd’hui, la moitié du vignoble du département n’est pas irrigable, et seulement 5% est déjà irrigué. Un projet de tuyau à 18 millions d’euros reliant le canal d’arrosage de Latour-de-France à ceux d’Espira et de Rivesaltes, et destiné à sécuriser l’irrigation agricole dans la vallée de l’Agly lors des épisodes de sécheresse, est en cours d’élaboration.
En attendant, les conditions climatiques inversent déjà un paradigme historique : les terroirs viticoles les plus intéressants deviennent ceux de la plaine. « Ces dernières années, produire 20 hl/ha sur ces coteaux tenait de la prouesse, quand on fait 52 hl/ha en plaine », résume Raymond. Tandis que Carment, Martin et d’autres persistent à chercher des modèles permettant de continuer à cultiver les coteaux, ses deux fils s’apprêtent à reprendre une partie de ses terres… mais seulement ceux de la plaine. Et « ils ne feront pas que du vin non plus. » Autre forme d’adaptation.
Ailleurs dans le Languedoc, l’irrigation est déjà une stratégie courante : 20% du vignoble était irrigué en 2020 (42500 ha), contre 8,3% en moyenne en France (et 2% en 2010). C’est même 26% dans l’Hérault. Le vignoble est la culture la plus irriguée dans la région, loin devant le maraîchage.
Une étude socio-économique de la filière de la Chambre d’agriculture d’Occitanie a calculé qu’à taille et modèle équivalent (coopérateur, surface moyenne), un vignoble irrigué dégage 1000€ /ha de revenu en plus par rapport à un vignoble non irrigué, charges déduites.
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