Olivier Hamant : Dans le vignoble, « il ne faut pas s’adapter, mais être adaptable »
Olivier Hamant est biologiste et chercheur INRAe. Il a publié en 2024 un essai sur la robustesse du vivant, dans lequel il propose des idées pour lutter contre le culte de la performance. Son guide s’applique plutôt bien au vignoble. Nous l’avons interrogé pour la revue Vinofutur 5, « Le Temps des Luttes ». Extraits choisis :
Coulisses – 26/07/2026 – J.R. – Entretien initialement publié en octobre 2025
Préparez-vous au vin de demain!
Au concept ‘d’adaptation’, vous préférez ceux ‘d’adaptabilité’ et de robustesse. En quoi est-ce différent ?
Olivier Hamant : « Quand on est dans l’adaptation, on s’est canalisé, et on a mis tous ses œufs dans le même panier. On a investi du temps, de l’énergie, des personnes dans un projet, qui paraît chatoyant et parfaitement adapté à ce qui vient. Ça écrase tous les autres projets. Quand on est dans l’adaptabilité, ça veut dire qu’on a plein de projets en parallèle, pas tous aboutis, pas très précis, qui peuvent évoluer, et surtout plus larges que le truc de départ.(…) »
On vante souvent la résilience des vignerons, capables de se relever même après les pires aléas climatiques. Ce n’est pas un mot que vous appréciez…
« Le problème c’est quand on donne le primat à la résilience, car le focus est sur la chute. Et il faut se relever après la chute. Dans un contexte médical, pourquoi pas. Mais quand on le généralise, surtout dans un monde encore drogué à la performance, ça devient une incitation, une injonction à tomber pour sélectionner ceux qui vont se relever. C’est de la sélection darwinienne mal comprise. (…) »
Où trouver de la robustesse dans le vignoble dès aujourd’hui ?
« Souvent, les territoires les plus soumis aux fortes fluctuations – climatiques ou économiques – sont incités à construire plus de robustesse. (…) Un petit vigneron qui démarre dans l’Hérault par exemple, non seulement il va se prendre des grosses sécheresses, mais il a une petite parcelle et pas de réputation, il va être obligé d’aller direct dans la robustesse. Donc ce sont eux qui vont prendre plus de risque, inventer, sortir du classique pour aller dans le jazz, parce qu’il n’y a pas le choix. Rester dans la performance, ça lui coûterait beaucoup trop cher. Pour moi, la difficulté est de convaincre ceux qui ne voient pas le problème parce qu’ils ont encore le matelas financier. »
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