Vin désalcoolisé : quel est vraiment son impact environnemental ? Vinofutur

#33 Vin désalcoolisé : quel est vraiment son impact environnemental ?

Quand on parle de vin désalcoolisé, émerge d’abord la question du goût (est-ce que c’est bon ?). Sur ce point, les avis divergent, à vous de voir. Puis arrivent les inquiétudes culturelles : va-t-on tuer le vin ou le sauver ? Vient enfin la question éthique : est-ce vraiment raisonnable de désalcooliser du vin, du point de vue environnemental ? Sur ce point-là, au moins, on a quelques réponses.

Décryptages / 25 sept 2026 – J.R.

Les techniques de désalcoolisation

Pour enlever totalement ou partiellement l’alcool du vin, plusieurs technologies sont utilisées :

→ L’osmose inverse : des membranes filtrantes sous pression. Elle peut être utilisée pour réduire le degré alcoolique de quelques points (désalcoolisation partielle) et présente l’avantage d’être relativement flexible, notamment via des unités mobiles.

→ L’évaporation / distillation sous vide : l’alcool est séparé à basse température, ce qui limite les besoins de chauffage par rapport à une distillation classique. L’alcool peut être récupéré et valorisée.

→ La colonne à cônes rotatifs : une technologie industrielle de distillation sous vide, en deux étapes : récupération des arômes puis désalcoolisation. Les arômes sont ensuite réincorporés dans le vin. Une techno venue d’Australie, et encore rare en France.

 

📌 Une tendance… encore de niche

On a peu de chiffres sur la production de vin désalcoolisé. Selon Stéphane Brière, directeur général B&S Tech (qui pratique la désalcoolisation), environ 2 % de la production française de vin est aujourd’hui désalcoolisée, partiellement (low) ou totalement (no). La moitié partirait à l’export. Le vin désalcoolisé représenterait environ 1 % de la consommation de vin en France. « Ça augmente, mais ça reste assez niche », commente-t-il. La filière « no/low » espère atteindre “5 % du marché”, dans le sillon de la bière sans alcool.

Le flou du bilan environnemental

Des analyses de cycle de vie (ACV) de ces méthodes de désalcoolisation (partielles) existent déjà. Une étude de 2015 a comparé trois technologies, tandis qu’une étude publiée en 2023 a élargi la comparaison à six variantes. Ce qu’elles montrent :

– Aucune de ces technologies n’est « propre » ou « sale », il y a des plus et des moins pour chacune ;

– Energie et eau sont à chaque fois des postes importants ;

– La valorisation des produits secondaires, notamment l’éthanol, peut changer fortement le bilan.

Bref : certains outils sont moins énergivores… mais génèrent plus de pertes/déchets, donc ne sont pas forcément plus « efficientes ». Il faut donc comparer les systèmes plus que les outils. D’autant que le procédé n’est pas le seul sujet.

 

A côté de la machine

 

🚚 Transport : les unités de désalcoolisation restent inégalement réparties sur le territoire français. «Certaines régions, comme la Bourgogne ou la Loire, n’ont pas du tout d’outils, ce qui oblige encore à transporter les vins », concède Stéphane Brière. A noter : ça se développe, et les producteurs ne sont déjà plus obligés d’aller en Allemagne ou en Autriche.

🧪 Stabilisation : Une fois désalcoolisé, le vin doit être stabilisé. Selon le produit, cela peut impliquer filtration, pasteurisation et/ou conservateurs, notamment en présence de sucre résiduel.

🍾 Conditionnement : Et surtout, il reste la bouteille. Point noir de la filière viticole, surtout si les bouteilles sont en verre à usage unique et recyclées. Son poids, sa fabrication et le transport des bouteilles peuvent peser fortement dans le bilan global. Mais cela vaut pour le vin désalcoolisé comme pour le vin normal, le vin bio, le vin naturel, etc.

 

Le « sans alcool » existe autrement

Jus de fruits, kombuchas, kéfirs, infusions, schorles, co-fermentations raisins/fruits… Les alternatives au vin désalcoolisé ne manquent pas, et dans l’univers “No/Low” la créativité est sans limite. Mais là aussi, la question des impacts environnementaux (et sociaux) se pose. Pour choisir une boisson « sans alcool » avec un moindre impact, sans tomber dans les pièges du greenwashing ni devenir zinzin de l’empreinte carbone, mieux vaut regarder :

– Qui la produit : paysan, artisan, PME, grande marque ?

– D’où elle vient et quelle distance elle parcourt ;

– Avec quelles matières premières elle est produite ;

– Quels sont les besoins de transformation, d’énergie et d’eau ;

– Quels sont les ingrédients ajoutés ;

– Et surtout, dans quel emballage elle arrive : plastique, bouteille réemployable, canettes ?

 

💡 Le Syndicat Vin Méthode Nature planche sur une charte des boissons no/low “nature” qui reprendrait les principes clés du vin nat’ : sourcing bio, intrants limités, manipulations réduites… Et bien sûr: désalcoolisation proscrite ! Objectif : informer et protéger les consommateur·trices… et protéger les savoir-faire des vigneron·nes, producteur·ices de leur matière première et ultra-créatifs.

Pendant ce temps-là, le collectif No Low, créé en 2024, réunit les acteurs plus institutionnels autour d’objectifs de lobbying “pour oeuvrer à l’émergence de la catégorie du vin No/Low ”.

Bilan ?

Oui, désalcooliser ajoute une étape, donc des consommations et des flux supplémentaires, et donc des impacts environnementaux supplémentaires, a priori difficiles à justifier, puisqu’il existe plein d’autres façons de produire des boissons non alcoolisées.

Mais il serait tout aussi hasardeux d’en déduire que le vin désalcoolisé est nécessairement plus impactant que n’importe quel autre vin, ou même qu’un jus de raisin de qualité industrielle. Pour le savoir, il faudrait comparer des produits à fonction équivalente, avec leur matière première, leur procédé, leur emballage et leur transport. Ce que personne n’a encore fait. A vrai dire, les enjeux socio-économiques devraient également être ajoutés dans la grille de lecture : Quelle valeur ajoutée ? Pour qui ? Quelles retombées pour le territoire ? Bref : à quoi et à qui ça sert ?

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