Retour à Pomerol : et l’eau dans tout ça ? (4/4)
Dernier volet de notre enquête sur les coulisses de « l’affaire Lafleur » : on aborde cette fois la question de la ressource en eau en Gironde. Dans le vignoble, entre refus d’aborder frontalement le sujet, réflexes d’accaparement et failles dans la réglementation, le chemin vers la gestion collective semble encore long.
🔓 Enquête / Volet 4/4- Février 2026 – Julie Reux – ⏱ 10 minutes de lecture
Et si la réponse aux débats sur l’irrigation du vignoble bordelais était ailleurs que dans les débats sans fin sur la qualité du vin, la préservation du terroir ou la survie des traditions ? Dans les discussions professionnelles, les enjeux de qualité du vin et de rendement passent souvent avant la question des impacts environnementaux. Mais irriguer suppose, pour les vignerons de Bordeaux, d’avoir à portée de main, entre juin et août, plusieurs centaines de m3 d’eau par hectare. Et ce n’est pas une mince affaire.
A Pomerol, par exemple, plusieurs options se présentent aux vignerons :
🔎 Un avis négatif de la commission locale de l’eau pour le forage de Lafleur
Lafleur a réalisé en 2023-2024 un forage permettant de pomper jusqu’à 990m3 par an. « L’eau est utilisée pour la cuverie, où nous avons besoin d’eau très pure », mais n’a pas servi pour « recharger les sols » en 2025, promet Baptiste Guinodeau.
Backstage
Cette enquête a démarré à l’automne 2025, par une longue rencontre avec Baptiste Guinodeau, directement au domaine. Le vigneron, ravi de parler du sujet de l’irrigation, a pris le temps d’expliquer en détail sa démarche dans un discours très construit. Plusieurs personnes ont été contactées, et toutes ont répondu sans difficultés. Sauf Kees Van Leuween, qui a décliné l’entretien, en renvoyant vers son article dans l’Union Girondine.
L’enquête a convoyé beaucoup de rumeurs, de suppositions, d’insinuations. Dans ce petit monde aux grands enjeux, le discours s’arrête souvent au « politiquement correct » des gens qui préfèrent laver leur linge sale en famille… mais qui n’hésitent pas, si l’occasion leur est donné, de régler quelques comptes par journaliste interposé.
Ce que l’on retiendra : le vignoble bordelais manque de toute évidence de compétence et d’expérience sur le sujet de l’irrigation, complètement nouveau. Ce qui laisse un angle mort assez confortable à ceux qui ont encore la capacité de se projeter dans l’avenir, coûte que coûte.
🔎 L’eau des palus : gare à la salinisation
Pour Roland Thieleke et Olivier Guerri, responsables d’EPIDOR (gestionnaire du bassin de la Dordogne), puiser dans la Dordogne est aujourd’hui envisageable, même si cela pose des contraintes d’acheminement. Mais attention : c’est aussi une rivière déjà très utilisée pour l’agriculture, le tourisme et surtout stratégique pour la production électrique. « Il pourrait y avoir des tensions sur les priorités d’usage », souligne Roland Thieleke. Autre point de vigilance : « Avec l’élévation du niveau de la mer, les palus vont se saliniser et ne seront sans doute plus une ressource viable à moyen terme », prévient Olivier Guerri.
Et si pouviez avoir TOUT Vinofutur ?
✓ Accédez à tous les articles Vinofutur.
✓ Recevez les revues papier chez vous.
✓ Engagez-vous pour les futurs du vin en soutenant notre média indépendant.
+ Des surprises
35€ / an
