B002 ⎜ Le vin doit-il copier Coca-Cola ? La réponse de Baptiste Fabre

Enseignant en marketing du vin à l’Ecole supérieures des Agricultures (ESA) d’Angers, Baptiste Fabre a planché sur cette question en forme de boutade. Sa réponse, directement importée du marketing de grande distribution, met le doigt sur une angoisse réelle du secteur — disparaître dans la masse. Et soulève le risque qu’il y a à vouloir résoudre un problème de visibilité… en créant un problème de sens.

Les billets -13/04/26 – Baptiste Fabre

Vous souriez, évidemment. Ou peut-être est-ce une grimace ?

Après tout difficile d’imaginer de pire modèle : un géant industriel, la médiocrité d’une boisson formatée, trop sucrée et gazéifiée, la prédation des ressources au service du business, la domination par les volumes et les budgets publicitaires. Voilà qui paraît difficile voire impossible à défendre dans le contexte de crise environnementale et sociale que nous traversons.

Et pourtant ; une des questions qui se pose aux vigneronnes et vignerons aujourd’hui est la suivante : dans un océan de références – des dizaines de milliers de vins existent sur le marché – comment faire en sorte que leur singularité soit reconnue, trouvée et retrouvée ?

On sait aujourd’hui que le cerveau humain n’a pas vraiment évolué depuis plusieurs dizaines de milliers d’année. Nous sommes toujours ces chasseurs-cueilleurs qui avons besoin de reconnaitre en un clin d’œil le danger qui pourrait menacer nos vies. En d’autres termes, notre cerveau est câblé pour reconnaitre instinctivement les signes de son environnement.

 

Ne l’oublions pas, tout domaine viticole est de facto une marque.

 

Or, que vous soyez à Hong-Kong, Kinshasa ou San Francisco, vous reconnaitriez une bouteille de Coca entre mille, n’est-ce pas ? De fait, son logo n’a pas changé depuis sa création. Il est aussi le même partout dans le monde et sur absolument tous les produits de l’entreprise.

A l’inverse, combien de domaines talentueux diluent leur message dans une valse d’étiquettes et de cuvées ? Combien multiplient les logos, les typographies, les concepts graphiques au sein de leur gamme ? C’est créatif, certes. Mais cela augmente le risque qu’une personne qui aurait apprécié vos vins, passe à coté de vous lorsqu’il passera chez son caviste préféré.

Une identité forte est une signature visuelle mémorisable, distinctive, protégeable, consistante d’une cuvée à l’autre et dans le temps. Un symbole qui joue le rôle de raccourci dans la tête du consommateur.

Ne l’oublions pas, tout domaine viticole est de facto une marque. Petrus, La Romanée Conti, Château Beaucastel, Marcel Deiss, Overnoy et Ganevat, et le domaine de truc machin bidule chouette sont des marques. Quelque soit leur taille et leur réputation. Et qui n’a pas de marque forte est un « générique », substituable.

Et, d’une certaine manière c’est tout le paradoxe : la richesse du vin tient dans sa diversité, sa complexité, sa capacité à raconter un lieu et un moment. Pour lutter contre le modèle de Coca-Cola, pour que le vin reste vivant, pour que nos domaines puissent rester à taille humaine et continuer à nous faire profiter de leurs vins, il faut des identités fortes. On peut défendre la complexité… à condition d’être reconnaissable.

PS : Ironie de l’histoire. Saviez-vous que lorsqu’il a été inventée par John Pemberton en 1885, ce breuvage s’appelait French Wine Coca ? Saviez-vous également qu’il n’a dû sa survie et son fameux nom – en pleine montée en puissance des mouvements de tempérance aux USA – qu’à sa transformation en boisson non alcoolisée ?

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