#29 Arrachages : jusqu’où le vignoble va-t-il continuer à rétrécir ?
On fait le point sur le Grand Arrachage du vignoble, qui n’est pas encore terminé.
Décryptages / Décembre 2025 – J.R.
📌 Au moins 39000ha de vignes ont été arrachés en France depuis trois ans. Ce n’est pas terminé : le chiffre de 100 000ha de vignes qui devront disparaître est évoqué (soit 14% de la surface totale). Pratiquement toutes les régions viticoles sont concernées, sauf la Champagne. Objectif : sortir de la surproduction.
Rien qu’à Bordeaux, la surface du vignoble a déjà diminué de 15% entre 2019 et 2025 (-23000ha, source Agreste), et est passée sous la barre des 100000ha. A noter : en 1982, le vignoble girondin ne s’étendait que sur 75 000 ha (versus 120000ha début 2000).
👨🌾👩🌾 Au-delà de la diminution des volumes de vin produits, et même de la disparition possible de certains paysages et terroirs viticoles, l’enjeu est social : des dizaines de milliers d’emplois sont en jeu, dans des territoires où la viticulture est centrale pour l’économie. En France, 1,7 ha de vignes = 1 salarié.
Vers une sortie de la monoculture de la vigne ?
🌎 Le phénomène est mondial, et s’intègre dans une tendance de fond : les surfaces mondiales de vigne sont déjà passées de 10,2 millions d’hectares en 1975 à 7,5 en 2018.
En France, en 1808, les surfaces viticoles en France étaient de 1,659 millions d’ha. Elles ont augmenté jusqu’en 1870-79 pour atteindre un sommet avec 2,377 millions d’ha, et ensuite décroître jusqu’à 0,789 millions d’ha en 2010. Entre le maximum et aujourd’hui, la France a donc perdu 1,589 M ha.
📈 Il est des territoires où la vigne se développe (Bretagne, Normandie, Hauts-de-France). Mais les quelques centaines d’ha de plantations prévues ne compensent absolument pas les surfaces arrachées.
💡 A noter : dans la majorité des cas, l’arrachage ne marque pas la fin d’un domaine, mais plutôt une restructuration. Les vignerons se “débarrassent” de leurs vignes les moins rentables ou les plus fragiles.
Et après ?
💸 Plusieurs plans d’aide se sont accumulés pour accompagner les producteurs qui arrachent leurs vignobles, certains à 6000€ l’ha (à Bordeaux, financés en partie par la filière), d’autres à 4000€ l’ha. Le ministère de l’Agriculture a annoncé en décembre 2025 un nouveau plan de 130 millions d’€ pour 35000 ha en moins.
🥝 On voit fleurir dans le vignoble toutes sortes de projets : forêt, pistaches, oliviers, grenadiers, kiwis, aloe vera, et même de l’agave, pour produire de la tequila.
↳ 🔥 Mais ces projets réclament des moyens, des compétences, de l’énergie, des débouchés… et de l’eau. Difficile de trouver une plante plus résistante à la sécheresse que la vigne.
↳ Peu à peu se dessine là une sortie de la monoculture de la vigne.
🤔 Malgré une grande créativité, beaucoup de ces vignobles arrachés deviennent… des friches. Dont personne ne sait vraiment que faire. En zones périurbaines, ça devient des terres floues, fragiles face à l’étalement urbain. En zone rurale, des zones à l’abandon, improductives et souvent polluées. L’Atelier paysan a calculé : il faudrait 1 million de nouveaux agriculteurs pour transformer l’agriculture.
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