Le vignoble d'Alsace face au changement climatique

#30 Le vignoble d’Alsace fait face au changement climatique

Le climat du vignoble d’Alsace est très spécifique : protégé par les Vosges, il est marqué par des étés chauds et des hivers froids, une pluviométrie modérée (entre 600 et 650 mm par an en moyenne), et l’alternance de journées chaudes et de nuits fraîches en automne. Un climat idéal pour la vigne, aujourd’hui chamboulé par le dérèglement climatique.

Décryptages / 17 février 2026 – J.R.

Le constat

Le changement climatique est largement perceptible en Alsace : une hausse de 2,4° de la température moyenne a été enregistrée en Alsace ces quarante dernières années. La pluviométrie a aussi baissé de 5 %.

Les vendanges sont donc de plus en plus précoces : 26 jours plus tôt en moyenne depuis 1950. Elles ont démarré le 19 août (pour le crémant) en 2025.

Une hausse de +0,9° d’alcool potentiel a été enregistré depuis 30 ans sur les vins alsaciens, en moyenne (source : Techniloire), corrélée à une baisse de l’acidité.

Depuis 1988, le vignoble alsacien voit ses rendements moyens baisser. Le dérèglement climatique n’est pas la seule explication (il y aussi la sélection du matériel végétal et les pratiques visant la qualité plus que la quantité).

 

Ce qui vient

Côté projections, d’ici à 2060, Colmar devrait avoir le climat actuel de Montpellier, type méditerranéen, et Strasbourg les températures actuelles du sud de la Drôme. A l’horizon 2050 on pourrait observer 32 jours de vague de chaleur par an… et en parallèle le nombre de jours annuels de gel devrait diminuer de 19 jours.

2022, considéré comme exceptionnel, avec ses 33 jours de chaleur répartis en 3 vagues, pourrait donc devenir la norme dans les décennies à venir.

Avec des printemps de plus en plus précoces, la vigne pourrait être de plus en plus souvent vulnérable au gel de printemps.

 

La sécheresse

L’augmentation des sécheresses, en nombre comme en intensité, est la principale menace climatique qui pèse sur le vignoble alsacien. Il faut s’attendre à une hausse des besoins en irrigation, dans un contexte de déficit hydrique de plus en plus fréquent.

La typologie des sols de la plaine rhénane (sols rocheux et sableux, très drainants), notamment dans le Haut-Rhin autour de Colmar, pose particulièrement problème. Les sols granitiques, sur lesquels le riesling se plaît, sont également très sensibles à la sécheresse.

En conséquence, les vignerons alsaciens ont décidé, en 2022, de lever l’interdiction de l’irrigation (sauf sur les grands crus). La technique du goutte-à-goutte est préconisée. Il va falloir quelques années avant que le système soit déployé.

 

Des nouveaux cépages

L’Alsace teste 10 cépages blancs (chenin, floréal, johanniter, opalor, selenor, souvignier gris, vermentino et voltis) et six rouges (calabrese/nero d’avola, colliris, malbec/côt, nebbiolo, sirano et syrah) dans le cadre de la procédure VIFA de l’INAO.

 

Le changement climatique, une bonne nouvelle pour le vignoble d’Alsace ?

Le vignoble alsacien n’est certes pas la région la plus menacée par le dérèglement climatique en France. Les projections prévoient une “remontée au nord” du vignoble et la disparition des vignobles méridionaux… mais pas de l’Alsace.

Certains ont même analysé le réchauffement comme un facteur d’amélioration des vins. Les problèmes de sous-maturité des raisins ont en effet tendance à disparaître.

Mais les aspects “positifs” du phénomène restent conditionnés à la façon dont les vignerons adaptent leurs pratiques (ou pas)… et pourraient rapidement atteindre leurs limites face à la multiplication des phénomènes extrêmes. Dans tous les cas, le changement climatique va, en Alsace comme ailleurs, modifier en profondeur les pratiques et les profils des vins.

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